Une comparaison entre misandrie et misogynie

On pourrait croire à première vue que les deux se valent. Que toutes les formes de violence sont équivalentes, injustifiées et injustifiables. Et que la misandrie est tout aussi dommageable que la misogynie. (J’ai bien dit « dommageable » et pas « condamnable. »)

Or, comme l’explique simplement ce post trouvé sur tumblr, il n’en est rien :

motivation behind misogyny :

  • men maintaining power over women

results of misogyny :

  • rape, abuse, murder, lower pay, less opportunities, general discrimination and loss of power, restrictive gender roles, and much, much more.

motivation behind misandry :

  • men as a group sure do a lot of bad things as a result of their gendered power and male privilege, im not sure that i trust them or even like them.

results of misandry :

  • hurt feelings

En français :

Intention de la misogynie :

  • Faire en sorte que les hommes maintiennent la domination qu’ils exercent sur les femmes.

Résultats de la misogynie :

  • Viol, agression sexuelle, meurtre, salaire inférieur, moins d’opportunités, discrimination, manque de pouvoir, rôles genrés restrictifs et beaucoup, beaucoup d’autres…

Intention de la misandrie :

  • Les hommes en tant que groupes font plein de choses désagréables en conséquence de leur pouvoir genré et des privilèges acquis en étant un homme, je ne suis pas certaine de leur faire confiance, ni même de les apprécier.

Résultats de la misandrie :

  • Blessure morale

Bien évidemment, comme à chaque fois, certains vont réagir en rappelant qu’eux ne sont pas comme ça ; Que c’est honteux de tenir des propos pareils et de mettre tous les hommes dans le même sac ; Que ça c’est de la misandrie et… que lire ce post les a profondément blessés.

Misandry-report

« Allo les urgences ? Je voudrais signaler un cas de Misandrie ! Oui, cette fille a surgit de nulle part et a complètement ignoré mes impressions masculines ! »

Peut-être même iront-ils jusqu’à affirmer que la misandrie a les mêmes résultats que la misogynie, comme toutes les haines.

Il faut donc fournir quelques éclaircissements.

Le post cité est une réponse à l’accusation classique de misandrie à laquelle sont confrontées les féministes. Plutôt que chercher des contre-arguments, les opposants se contentent de feindre l’indignation et font un ad hominem.

De quoi on parle quand on parle de misogynie ?

On parle du système patriarcal qui tend à considérer les femmes comme étant inférieures à l’homme : Plus faibles, moins intelligentes, tout juste bonnes à occuper des tâches subalternes. Elles doivent être douces et obéissantes.

Tandis qu’à l’opposé, les hommes se doivent de rechercher la force, le pouvoir, la performance et faire des choses importantes, qui comptent.

Le résultat qu’on connait c’est qu’une femme mérite ce qui lui arrive. Elle est violée par un homme, c’est normal, elle l’a cherché. Elle est tuée par un homme, le pauvre n’a pas su maîtriser sa passion. Elle a un salaire inférieur, c’est normal, elle se rend forcément moins disponible parce qu’elle s’occupe (ou s’occupera un jour où l’autre) de ses enfants, etc…

De quoi on parle quand on parle de misandrie ?

Je ne suis pas certain d’avoir la réponse à cette question. Les seules fois où j’ai vu quelqu’un se faire traiter de misandre c’était en réaction à une féministe qui expliquait son point de vue. Et l’opposant n’est jamais capable d’étayer son propos. Généralement c’est là où il se met à chouiner que la féministe misandre elle a été méchante avec lui.

Une accusation résultant de propos vexants donc.

Male-tears

Connait-on des cas de misandrie qui se traduisent par l’agression physique systématique d’hommes ? Y-a-t-il des femmes misandres qui considèrent que les hommes en général sont des bons à rien et qui du coup les violent, blessent, tuent ?

Ces femmes se regroupent-elles pour perpétrer leurs actes violents à l’égard des hommes ? Où s’agit-il d’actes isolés, comme une anomalie dans le système ?

L’accusation de misandrie revient très régulièrement, mais il y a un cas où elle est systématique :

L’exemple des violences sexuelles

J’ai des statistiques qui datent de 1998 et qui donnent les chiffres suivants:

Sexe des victimes :

  • Sexe féminin : 91,2 %
  • Sexe masculin : 8,8 %

Personnes mises en cause :

  • Hommes : 96,3 %
  • Femmes : 3,7 %

Plus récemment, en 2008, les statistiques de l’INSEE font ressortir les chiffres suivants :

96 % des auteurs de viol sont de sexe masculin et 91 % des victimes sont de sexe féminin.

Je trouve ces chiffres assez parlants, suffisamment pour dire que ce sont les hommes qui perpétuent le plus souvent les agressions sexuelles. Et même que la plupart des hommes agressés le sont… par des hommes.

Quand on arrive à 96% d’hommes mis en cause, on peut quand même dire que l’agression sexuelle c’est un truc de mecs non ? Ça ne veut pas dire pour autant que tous les mecs sont des violeurs.

Alors quand quelqu’un dit « Les hommes violent » en quoi répondre « Espèce de misandre, je viole personne moi ! » fait avancer le débat ?

Et ces femmes qui tuent, leurs motifs entrent-ils vraiment dans la case « Haine des hommes » ?

Allons observer les cas de mort violente au sein des couples en 2011.

En page 9 nous apprenons la chose suivante :

  • Pour 12 des 24 cas où l’auteur de l’homicide est une femme (soit 50 %), la victime masculine était auteur de violences antérieures sur sa partenaire.
  • Pour 11 des 121 cas où l’auteur de l’homicide est un homme (soit 9,09 %), la victime féminine était auteur de violences antérieures sur son partenaire.

Nous avons donc 50% de femmes coupables qui tuent leur conjoint sans violence préalable de sa part quand 91% des hommes coupables le font dans des circonstances similaires.

Le fond du problème

Bien sûr que chaque agression a la même gravité individuelle. J’imagine que quand on se fait agresser on se fiche de savoir si ça fait partie d’un système ou si c’est un acte isolé.

Néanmoins, les violences perpétrées contre les hommes sont soit des anomalies, soit l’expression du système patriarcal (dans le cas d’hommes agressant des hommes), soit une réaction au système patriarcal.

Chaque fois qu’une accusation de misandrie est lancée en opposition à une féministe ce n’est pas pour défendre les violences réelles subies par certains hommes (Il n’y aurait pas besoin de s’opposer au féminisme pour cela, au contraire) mais c’est pour rappeler qu’en tant qu’hommes nous nous attendons à ce que nos problèmes soient considérés comme étant plus importants que ceux des femmes.

Dans ce contexte, l’accusation de misandrie mérite autant d’attention que ceci :

Fishandry

CC BY-ND 4.0 Une comparaison entre misandrie et misogynie par Alda est sous Licence Creative Commons Internationale Attribution-Pas De Modification 4.0.

 

Alda

Serdaigle veggie féministe narcissique roux. On dit que je suis misandre, que j'ai pas d'humour, que je vois du sexisme partout et que je fais ça pour coucher.

 

13 thoughts on “Une comparaison entre misandrie et misogynie

  1. La misandrie existe, je l’ai rencontrée (en vrai non, mais ça sonnait bien). De même que le racisme anti-blanc. Une fois que c’est admis on peut les mettre tout en bas de la pile et n’y revenir que très, très épisodiquement parce que ce sont de très loin les plus inoffensives formes de discrimination de l’univers tout entier. Je suis parfaitement conscient de ce fait, parfaitement conscient de mes privilèges, parfaitement conscient que « savoir » n’est pas « subir » et du cocktail énorme prudence, énorme respect et énorme humilité à utiliser si on doit discuter oppression avec l’oppressée.

    (ici débute la partie casse-gueule) Je pense néanmoins que quelques féministes utilisent parfois ce constat de la domination masculine pour balancer des amalgames qui ressemble à du défoulement flatté par l’absence de réserve que donne le sentiment d’être « dans le bon camp ». Je m’en fous de me faire traiter de violeur potentiel, comme dit dans l’article ça ne posera jamais aucune menace sur ma sécurité. Simplement je ne comprends pas que cet amalgame ne soit remis en cause nul part chez les féministes et leurs alliés. Ce n’est pas une question de morale, de sentiment blessés. L’amalgame est l’ennemi de la vérité non? La bonne foi, quand on veut avoir raison (j’entends vraiment raison, pas le dernier mot), c’est important non?

    1. Je n’ai jamais prétendu que la misandrie n’existe pas. Je suppose qu’il doit bien se trouver des femmes qui haïssent tous les hommes. Mais pourquoi ?

      Sans doute parce que la situation dans laquelle elles se trouvent est due à la domination patriarcale en vigueur.

      On revient donc au point de départ : On ne peut pas opposer la misandrie pour minimiser la misogynie et l’influence du système patriarcal.

      De même pour le racisme anti-blanc qui n’est lui aussi que fumisterie.

      Dans ta partie « casse gueule » tu déplores l’inexistence de remise en cause des amalgames. Je pense que c’est tout à fait normal qu’ils ne soient pas remis en cause puisque ce ne sont que des fantasmes projetés par les opposants au féminisme.

      Je me permet de citer une partie pertinente de cet article :

      Quand on arrive à 96% d’hommes mis en cause, on peut quand même dire que l’agression sexuelle c’est un truc de mecs non ? Ça ne veut pas dire pour autant que tous les mecs sont des violeurs.

      J’aurais pu d’ailleurs rajouter: « Ça veut juste dire que les violeurs sont des hommes. »

      1. De la fumisterie non. Un phénomène marginal et sans aucune incidence grave sur les blancs, oui.

        Tu as tout à fait raison, on ne peut pas opposer misandrie et misogynie, l’un est tout en haut dans la l’intensité et la généralisation de la discrimination et l’autre tout en bas.

        Mais dire que c’est un fantasme quand avec la bonne TL tu peux en glaner des exemples réguliers, je ne suis pas d’accord. Du coup je me retrouve malheureusement du même coté que ceux utilisent cet état de fait comme un écran de fumée pour éviter de se regarder eux et la société en face, mais je ne suis pas sur leur ligne.

      2. De la fumisterie parce que ça ne répond pas du tout aux mêmes règles. Le but n’est pas d’asseoir une domination. C’est n’est donc même pas à proprement parler du racisme. cf. Wikipédia :

        Le racisme est une idéologie qui part du postulat de l’existence de races humaines, et qui considère que certaines races sont intrinsèquement supérieures à d’autres.

        Si tu te retrouves régulièrement pris à parti aux côtés d’anti-féministes, je pense que tu devrais te remettre en question au lieu de dénoncer des prétendus amalgames.

        En tant qu’homme pro-féministe, on tombe tous de temps en temps sur une féministe qui sera énervée pour diverses raison et qui va lâcher un mot violent qu’on trouvera injustifié. Si on est réellement sensible au féminisme, on peut se demander pourquoi ça nous arrive et demander conseil à d’autres féministes.

        Surtout quand ça se reproduit régulièrement et que ça vient de plusieurs personnes différentes comme tu sembles le laisser penser.

        PS: Quand je dis « une féministe » j’inclue aussi les hommes qui se revendiquent du féminisme. Il n’y a pas que les femmes qui perdent patience.

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